Au Portugal, les tziganes toujours en marge

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Short summary: En 2024, le Portugal est devenu le pays européen où les personnes d’origine romani (tziganes) se disent les plus discriminées,

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Au Portugal, les tziganes toujours en marge
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En 2024, le Portugal est devenu le pays européen où les personnes d'origine romani (tziganes) se disent les plus discriminées, selon une enquête de la FRA (Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne). Une réalité accablante pour un pays souvent cité comme modèle de tolérance et d’inclusion en Europe du Sud. Pourtant, derrière l’image d’un pays accueillant, les données dressent un tableau sans équivoque : les tziganes portugais font face à des niveaux d’exclusion, de précarité et d’hostilité supérieurs à ceux observés ailleurs en Europe.

Qu’il s’agisse d'accès au logement, à l'emploi ou aux services de base, les obstacles restent omniprésents. Le plus préoccupant est peut-être l’ancrage profond de cette discrimination, que ni le temps, ni les politiques publiques n’ont réellement réussi à éroder. Ce constat vient percuter les récits nationaux valorisant la diversité et le vivre-ensemble. Il pousse à s’interroger : pourquoi cette minorité demeure-t-elle, au Portugal, à ce point marginalisée ?

Discrimination systémique et exclusion sociale

Discrimination systémique et exclusion sociale

Sur les 422 personnes tziganes interrogées pour l'enquête au Portugal, 63 % déclarent avoir été discriminées au cours des 12 derniers mois. Cette proportion place le pays en tête de l'Europe, devant l'Irlande (60 %) et l'Italie (60 %). Plus grave encore : ces chiffres sont en hausse depuis 2016, malgré une amélioration notée dans d'autres pays comme la Grèce ou la Serbie.

La discrimination s'exprime d'abord dans le monde du travail. Près de 70 % des personnes tziganes interrogées disent avoir été discriminées lors de la recherche d'un emploi. Ce chiffre atteint 84 % en Irlande. Au-delà du travail, le harcèlement verbal et physique est aussi très présent : 48 % des répondants portugais rapportent avoir été victimes d'agressions ou d'intimidations liées à leur origine.

Contrairement à l’usage courant en France, où le terme Rom désigne le plus souvent des migrants originaires de Roumanie ou de Bulgarie, souvent sans logement fixe, les ciganos (ou Tziganes) du Portugal sont, dans leur immense majorité, des citoyens portugais sédentarisés.

Ils font partie de la grande communauté romani européenne, mais leur situation diffère sensiblement de celle des gens du voyage français ou des Roms migrants d’Europe de l’Est. Au Portugal, ces populations vivent souvent depuis plusieurs générations dans les mêmes quartiers ou localités, même si elles demeurent fortement exposées à la précarité et à la stigmatisation sociale.

L'enquête de la FRA souligne ainsi une réalité souvent invisible : celle d’une communauté enracinée, mais discriminée, à la fois dans l'accès à l'emploi, au logement et aux services publics.

Pauvreté infantile et privations graves

Pauvreté infantile et privations graves

Chez les enfants, la situation est encore plus préoccupante. 95 % des enfants tziganes au Portugal vivent sous le seuil de pauvreté, selon la même enquête. Près de la moitié (47 %) sont dans une situation de privation matérielle grave : absence de chauffage, difficultés d’accès aux soins ou à une alimentation suffisante.

Ces indicateurs plaçent le Portugal parmi les pays les plus touchés, à égalité avec la Roumanie. La moyenne européenne se situe à 40 % pour la privation sévère chez les enfants tziganes, soit bien en deçà des chiffres portugais. Le contraste avec la population générale est saisissant : seulement 18 % des enfants au Portugal sont touchés par la pauvreté.

Un habitat souvent indigne

Un habitat souvent indigne

La précarité du logement constitue une autre alarme. En 2024, 78 % des tziganes au Portugal vivent dans des conditions de logement jugées précaires par la FRA : logements humides, obscurs, mal ventilés ou dépourvus de sanitaires adéquats. En 2021, cette proportion était de 66 % ; la situation s’est donc encore dégradée.

Les données de la FRA rappellent qu’à léchelle européenne, 47 % des tziganes vivent dans des logements insalubres. Le Portugal se situe nettement au-dessus de cette moyenne et loin de l’objectif d’égalité de traitement que l’Union européenne entend promouvoir.

La minorité tsigane du Portugal, installée dans le pays depuis plusieurs siècles, se retrouve aujourd’hui au cœur du discours de l’extrême droite. André Ventura et son parti Chega ont, de date, fait des Tsiganes un thème central, les accusant tour à tour de dépendance aux aides sociales ou d’irrespect des lois. Cette rhétorique, qui a émergé à Loures (banlieue au nord de Lisbonne où Chega est né), contribue selon des associations comme Techari à libérer un racisme longtemps « caché » et à alimenter les tensions.

Dans ce contexte, de nombreux Tsiganes témoignent d’un climat plus hostile, marqué par des discriminations au travail, des insultes et parfois des représailles contre leurs enfants. Maria Cardoso, mère de famille, raconte avoir perdu un emploi lorsqu’on a découvert son origine. Pour José Fernandes, président de Techari, « la peur de l’avenir » grandit, notamment face à l’incitation à la haine et à la banalisation des stéréotypes.

Selon les chercheurs, Chega a su adapter le discours xénophobe classique au contexte portugais. L’immigration étant moins sensible qu’ailleurs, ce sont les Tsiganes qui font figure de « boucs émissaires » commodes. Une stratégie qui a permis à André Ventura de bâtir sa carrière politique et de faire progresser son parti dans les urnes. Alors que les sondages annoncent de nouvelles percées électorales, cette minorité reste en première ligne des tensions identitaires au Portugal.

Un isolement renforcé par la concentration communautaire

Un isolement renforcé par la concentration communautaire

Le rapport souligne une tendance paradoxale : les tziganes vivant dans des quartiers à forte concentration communautaire se disent plus souvent discriminés que ceux résidant dans des zones à population mixte. Le sentiment de rejet est donc corrélé à la ségrégation spatiale, qui renforce la marginalisation et limite l'accès aux services publics.

La FRA précise que cette tendance se vérifie aussi en Bulgarie, Albanie ou Chéquie, ce qui confirme la nécessité de politiques de déségrégation et d’intégration plus ambitieuses au niveau local.

Un signal d'alarme pour les autorités portugaises

Un signal d'alarme pour les autorités portugaises

Malgré les déclarations officielles en faveur de l’inclusion et de la lutte contre les discriminations, le Portugal accuse un retard significatif dans la mise en œuvre de politiques publiques efficaces pour la communauté tzigane. Les taux de pauvreté, de discrimination et de mal-logement restent parmi les plus élevés d’Europe.

Pour les observateurs, la situation actuelle est intenable et constitue une alerte à l’approche des revues d’évaluation des politiques nationales en matière de droits humains. L’amélioration de l’accès à l’éducation, au logement digne et à l’emploi formel pour les Roms doit devenir une priorité politique, au-delà des discours symboliques.

Un enjeu européen, une réponse locale urgente

Un enjeu européen, une réponse locale urgente

Ce nouveau rapport de la FRA vient rappeler que la question tzigane n'est pas un problème du passé, mais une réalité contemporaine qui appelle une réponse coordonnée, entre niveau européen et initiatives locales.

Au Portugal, l'urgence est manifeste : face à l’érosion des droits fondamentaux et au sentiment d’invisibilité qui domine chez de nombreux citoyens tziganes, il s'agit d’agir avec volontarisme. Les chiffres ne suffisent plus ; c’est d’engagement politique, social et humain dont cette communauté a besoin.

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