Au Portugal, des millions de m³ d’eau échappent encore au contrôle

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Short summary: Le Portugal investit des centaines de millions d’euros pour faire face aux sécheresses, particulièrement sévères dans le sud du pays.

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Au Portugal, des millions de m³ d’eau échappent encore au contrôle
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Le Portugal investit des centaines de millions d'euros pour faire face aux sécheresses, particulièrement sévères dans le sud du pays. Pourtant, une partie de la ressource continue d'échapper à une connaissance précise : des eaux souterraines sont prélevées sans que les autorités disposent d'une vision complète des volumes réellement pompés. Dans le même temps, 169,3 millions de mètres cubes d'eau ont été physiquement perdus dans les réseaux de distribution en 2024.

Ces deux phénomènes sont différents et leurs chiffres ne peuvent pas être additionnés. Mais ils révèlent une même difficulté : dans un pays où l'eau devient une ressource de plus en plus stratégique, le Portugal peine encore à maîtriser précisément ce qu'il prélève dans ses réserves et ce qu'il perd dans ses infrastructures.

Une enquête de l'hebdomadaire portugais Visão vient notamment mettre en lumière l'opacité entourant certains prélèvements dans les nappes phréatiques. Une question particulièrement sensible en Algarve, région régulièrement confrontée au manque d'eau et où l'agriculture et le tourisme exercent une pression importante sur la ressource.

Des nappes phréatiques pompées sans que l'État connaisse tous les volumes

Des nappes phréatiques pompées sans que l'État connaisse tous les volumes

Les prélèvements d'eau souterraine ne sont pas nécessairement clandestins. L'Agence portugaise de l'environnement (APA) délivre des autorisations de captage, mais l'enquête du journal Visão révèle surtout les lacunes dans la connaissance globale de l'utilisation de cette eau. L'agence aurait reconnu ne pas disposer d'une liste consolidée des entreprises autorisées à effectuer leurs propres prélèvements, ni d'un document permettant de connaître précisément l'ensemble des volumes concernés.

La situation devient problématique lorsqu'il s'agit d'identifier les plus gros consommateurs. Pour reconstituer une partie de ces informations, l'hebdomadaire portugais a dû solliciter différents organismes publics et municipalités. Dans certains cas, l'accès aux données aurait nécessité d'insister fortement auprès des administrations concernées.

Le problème ne consiste donc pas à affirmer que tous les forages sont illégaux, mais à constater que l'existence d'autorisations ne garantit pas encore une connaissance suffisamment précise des quantités réellement extraites. Une faiblesse particulièrement préoccupante lorsque les réserves souterraines sont sollicitées pendant des périodes prolongées de sécheresse.

En Algarve, de l'eau utilisée pour produire oranges et avocats

En Algarve, de l'eau utilisée pour produire oranges et avocats

L'Algarve concentre naturellement une partie des inquiétudes. Dans la municipalité de Lagoa, les informations obtenues par Visão montrent notamment le poids de l'agriculture et du tourisme dans les prélèvements réalisés en dehors du réseau public. En 2020, l'agriculture représentait près de 60 % de la consommation d'eau prise en compte dans les données rapportées par le magazine.

Une partie de cette consommation provient de forages privés utilisés pour irriguer les cultures. Or certaines productions nécessitent un apport d'eau important dans une région qui en manque régulièrement. Oranges, agrumes et avocats peuvent ensuite être commercialisés bien au-delà de l'Algarve et notamment à l'étranger.

La chercheuse Nídia Braz, de l'université de l'Algarve, résume le paradoxe par une formule particulièrement frappante : « L'Algarve exporte l'eau qu'il n'a pas, sous forme d'oranges et d'avocats ». Selon elle, les vergers d'agrumes de la région ne pourraient pas subsister durablement sans irrigation.

Cette question prend une dimension supplémentaire lorsque l'on considère les moyens publics consacrés au manque d'eau. En 2024, le gouvernement portugais avait annoncé plus de 225 millions d'euros de mesures pour combattre la sécheresse en Algarve, dont une partie destinée au secteur touristique.

169 millions de m³ d'eau perdus dans les canalisations

169 millions de m³ d'eau perdus dans les canalisations

Le problème ne se limite pas aux nappes souterraines. Une fois l'eau entrée dans les réseaux de distribution, une quantité considérable n'arrive jamais jusqu'à son utilisateur final. Les dernières données de l'autorité portugaise de régulation des services de l'eau et des déchets (ERSAR), portant sur 2024, font état de 169,3 millions de mètres cubes de pertes physiques.

Au total, 224 millions de mètres cubes ont été comptabilisés comme « eau non facturée », soit 26,5 % de l'eau introduite dans les réseaux. Cette notion ne doit toutefois pas être confondue avec celle d'eau physiquement perdue : 75,6 % de ce volume correspond aux pertes réelles, principalement provoquées par les fuites et les ruptures des infrastructures. C'est cette part qui représente environ 169,3 millions de mètres cubes.

Le vieillissement du réseau constitue l'un des défis majeurs. Malgré une amélioration progressive des performances, seulement 0,5 % des réseaux d'approvisionnement sont renouvelés chaque année, selon les données de l'ERSAR rapportées dans la presse portugaise. Un rythme insuffisant pour compenser rapidement le vieillissement des conduites et réduire durablement les fuites.

La gestion de l'eau devient un enjeu stratégique au Portugal

La gestion de l'eau devient un enjeu stratégique au Portugal

Les résultats varient fortement selon les organismes chargés de distribuer l'eau. Les données de l'ERSAR font apparaître de meilleures performances moyennes pour certains réseaux exploités sous concession, tandis que les niveaux élevés d'eau non facturée se concentrent davantage dans des services municipaux ou intermunicipaux. Ces résultats ont relancé au Portugal le débat sur le modèle de gestion et surtout sur la capacité à financer la modernisation des infrastructures.

Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de conclure que la délégation à un opérateur privé serait systématiquement plus efficace. L'état initial des réseaux, les territoires desservis et les investissements réalisés doivent également être considérés. Le constat le moins contestable est ailleurs : les canalisations nécessitent des investissements importants alors que l'adaptation au changement climatique augmente simultanément la valeur stratégique de chaque mètre cube économisé.

Le Portugal se retrouve ainsi confronté à deux problèmes parallèles. D'un côté, une partie des prélèvements souterrains reste insuffisamment documentée ; de l'autre, des millions de mètres cubes disparaissent chaque année à cause des fuites des réseaux. À mesure que les épisodes de sécheresse renforcent la pression sur les réserves, savoir exactement où l'eau est prélevée, comment elle est utilisée et combien en disparaît avant d'arriver au robinet devient moins une question technique qu'un enjeu national.

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